Déclaration pour nous
Poème d’Ayman Al-Labbadi – traduction libre moderne en français
1
Nous avons à finir ce qui est à nous,
à imposer ce qui nous appartient,
à refuser,
à démolir,
à sublimer,
à faillir aussi — à notre façon.
Notre voix est nôtre,
comme il nous plaît.
Nous décidons du permis et de l’interdit,
et la parole —
n’appartient qu’à nous,
seuls,
ô solitude, toi aussi, tu es à nous.
Nous avons à compléter notre être,
neuf épis dressés
sur un crâne à moitié nu,
et des horizons nourriciers
dans chaque direction.
Quatre côtes,
deux saisons :
l’une pour le cri,
l’autre pour le battement du cœur.
Notre cordon secret relie nos âmes
à l’éternité des voiles.
Nous avons le droit, la bataille,
le feu de notre choix.
Nous avons la force d’arracher notre chair
à chaque mur du siège.
Nous avons le raccourci,
et le reste — tout le reste — nous appartient.
Et vous,
taisez-vous,
ou taisez-vous encore,
et levez votre chapeau.
2
Nous avons notre jeûne,
notre parole,
notre fierté,
notre honneur.
Nous avons deux sourates et une demeure,
une pureté gardée sur le Golgotha,
et au-delà,
le khôl de la perspicacité.
Nous sommes les enfants de nous-mêmes.
Vous — le vide consommé.
Nous avons la noblesse de nos noms.
Ne me parle pas.
Pas toi, du troupeau couché
sur les noms de l’absence.
Pas toi, du troupeau profané
sur les crocs du désastre.
Pas toi, du troupeau
rendu par les entrailles du doute.
Peu importe la forme, la faute, le masque,
tout cela a la même empreinte.
Allez en enfer.
Peu importe où la traîtresse jette son ombre.
Le troupeau reste le troupeau,
et les chiens — savants.
Gardez vos poudres pour blanchir la civilisation,
vos lois à l’entrée de la caverne —
les bêtes n’ont jamais été une rumeur.
3
Nous avons notre générosité,
nos vers,
nos haines,
nos amours,
notre foi.
Dans le vent —
notre voix demeure.
Vers nous —
la prière qui guérit.
Et les messagères ivres de tempêtes
fermentent dans nos veines.
Nous avons ce que vous n’aurez jamais.
Nous avons une orbite d’amour
entre les noms de la terre
et du ciel limpide.
Une autre, de défi,
contre les noms des ténèbres,
et le fils de la mère infâme.
Nous avons l’impossible à genoux,
la force du bras,
la tombe du mensonge,
la poussière du néant écrasée.
Nous savons comment rester —
malgré toi —
ouverts, debout.
Nous avons la patience des années,
et le dernier mot,
à la fin.
Nous avons la conclusion,
et pour vous —
la honte,
et l’abîme.
ترجمة نص بيان لنا
ايمن اللبدي